Slow-dye

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Pastel: teindre avec des feuilles fraîches?

21.7.2019 Il est temps de récolter le pastel (isatis tinctoria) que j'ai semé au jardin.
C'est une grande première pour moi, je ne gère d'habitude que la cuve à base d'indigo en poudre.


Pour extraire le pigment, le processus est encore plus complexe que la simple cuve mais à la portée d'une profane passionnée, comme moi. Si on comprend le processus, extraire l'indigo est plus facile. Comprendre un processus est surtout utile si l'on glane des conseils à droite et à gauche sur le net. La plupart des relais type blog accumulent des "on-dits" qui ne sont pas faux en soi, mais bien embarrassants, car ils nous font perdre du temps à reproduire des techniques inutiles. Je voudrais capter pourquoi fouetter, quand, quel produit alcalin choisir, quelle température, etc.

Avant que vous ne continuiez à lire cette page-ci, notez que ce n'est pas la meilleure procédure. Je me suis fait avoir par les nombreux blogs qui teignent en indigo aux feuilles fraîches. Question apprentissage, j'ai gagné. Question rentabilité, j'ai perdu. Il vaut mieux pratiquer à la mode Garcia: extraire de la pâte à partir de feuilles fraîches.

Voir aussi "Comprendre le processus": billet et infographie.

Quand récolter?

On récolte quand les feuilles ont de 15 à 20 cm. Fin juin début-juillet dans le Nord. J'ai semé assez peu de pastel, je l'ai surtout fait parce que mon potager partagé cotoye un atelier d'apprentissge de la teinture chez une copine et que cela sert d'illustration pour un retour aux sources.

Evaluer la teneur en bleu

Il y a 3 semaines, j'ai frappé une feuille en kata-zomé pour évaluer sa teneur en bleu. Résultat plus faible que ce que nous avions obtenu en stage avec Michel Garcia sur de la persicaire. Normal, le pastel est plus pauvre en couleur. Mais j'ai préféré attendre un peu avant de récolter.

Pour comprendre comment la feuille teint du coton en bleu par simple frappage, lire ci-dessous.

Teinture à frais

Ce midi, je reproduis la procédure que j'ai déjà utilisée avec les feuilles sèches, puisque cette dernière m'a réussi alors. Je relis l'article de Teresinha chez Woad.co.uk: "Extraction du pastel" (en anglais). Car il faut bien utiliser une seule source de conseils. Si je cumule tous ceux que je lis sur le net, je m'y perdrais.

Je profite d'une journée "feuilles" en biodynamie, je récolte les grandes feuilles le matin en tranchant près du collet, en gardant un peu de tige. Je laisse les petites feuilles.

J'ai récolté 3.250g, débris de paillis et tiges comprises, ce qui doit me donner 2kg de feuilles. Je ferai des tests par tiers.

Les feuilles doivent être traitées le plus tôt après la récolte, car l'isatan est plus instable que l'indican (?). A trop attendre, les feuilles perdraient en colorant. Dans l'idéal (je ne l'ai pas fait aujourd'hui), je ferai déjà chauffer de l'eau avant de partir récolter!

Avec 1 kg de feuilles, je devrais obtenir l'équivalent de 2 à 6 grammes de pigment, et pouvoir teindre jusqu'à 100g de fibres. Pour info, l'indigotier me donnerait 12 à 16 grammes pour 1kg de feuilles fraiches.

Je n'ai pas compris pourquoi, si on veut teindre aux feuilles fraîches, il faut oxygéner après avoir cuit les feuilles , comme on le lit sur 3001 blogs, dont Jenny Dean ou Turkeyred journal, bien informés pourtant. Pourquoi? On n'extrait pas le pigment, on ne doit pas le précipiter en fouettant. Au contraire, je vais le réduire dans un instant avec de l'hydrosulfite pour pouvoir teindre tout de suite. Alors pourquoi l'oxygéner puis annuler cet effet? On veut simplement profiter de ce que l'indigo en forme leuco est disponible.

Outre que c'est de la logique , il suffit de relire la procédure ancestrale dans le Cardon, p. 340 de la version anglaise: aucune peuplade ne fouette le liquide... Ou de relire un compte-rendu de John Marshall, Américain très inspiré des traditions japonaises: "We picked some of the leaves from the garden, cooked them up a bit like spinach, strained them, added Thiox and washing soda and had a vat ready in no time. " (Nous avons ramassé des feuilles du jardin, les avons cuites un peu comme des épinards, nous les avons filtrées, nous avons ajouté de l'hydrosulfite et des cristaux de soude; nous avons ainsi préparé une cuve en un rien de temps.)

Je n'oxygène donc pas, après avoir cuit les feuilles.

Résultats: assez bizarres... J'ai bricolé avec cette cuve pendant deux jours. Des quelques brins de laine que j'ai testés, j'obtiens parfois du vert turquoise, qui s'oxyde en gris violacé, parfois du vert qui devient bleu clair, parfois du beige. Or je pense avoir compris le principe d'une cuve d'indigo, puisqu'avec l'indigo en poudre je n'ai raté aucune cuve depuis mes débuts. Tous mes tissus et écheveaux étaient bien bleus, couleur durable en outre.

Auraient-ils donc raison ceux qui fouettent la cuve de feuilles fraîches? Ceci dit, on comprend que la teinture est un art et demande des années de noviciat!

Autres sources pour extraire l'indigo

Outre la bible papier, le Dominique Cardon, lire en anglais, lire chez Woad.co.uk (nombreuses photos pas à pas). En français, un compte-rendu chez Mickytissages. Lire aussi chez Sarah, étudiante en sciences et passionnée de la fibre, sur https://www.wearingwoad.com. Ou chez Kori, biologiste végétale sur ecotonethreads.com

Historique d'une erreur?

Dans mon domaine de connaissance (la nutri), de nombreuses confusions sont propagées de bonne foi par des auteurs et des blogueurs. Cela me passionne de remonter à la source et de trouver qui a lancé telle ou telle technique, qui s'avère inutile.

Après avoir lu quelques compte-rendus récents, je pense que deux sources principales ont compliqué les recettes:

Fin de l'essai. Je reste sur ma faim, je n'ai pas compris ce qui a foiré. Je passe à l'extraction en pâte.