Slow-dye

Brouillon d'un livre à paraître...

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13.9 Echantillons de teintures naturelles

Dont des monobains acides à la Garcia, sur laine. Tests de 2015, qui ont bien résisté bien tenus à la lumière depuis.

La mode veut qu'on teigne sans mordant. "La mode": ce sont des rumeurs propagées sur les réseaux sociaux, sans réflexion, sans connaissance, sans appel aux experts. Je pense que c'est une erreur de suivre une blonde du net et de se compliquer la vie sur la foi de rumeurs infondées, mais ça ne regarde que moi n'est-ce pas. Voici donc une partie de la réponse à ceux qui ne veulent pas mordancer au minéral comme l'alun.

Il existe quelques techniques sans mordant minéral dur: mordancer au symplocos, au lycopode, ou... mordancer avec la technique que Michel Garcia a inventée, les monobains acides (acide citrique, résidus de thé, noix de galle, eau chaude et plante tinctoriale). Je rigole dans ma barbe car les teinturiers qui croient rester ainsi dans le naturel se trompent: l'acide citrique est une belle cochonnerie industrielle, qui n'a plus rien à voir avec le citron sauf la forme de sa molécule.

Pour donner un aperçu des teintures sans mordant, j'ai ressorti des tests d'un stage en 2015. Restés sur une étagère dans mon atelier, mais pas plein soleil. Ils ont bien supporté l'outrage du temps.

Une partie des tests sur la photo sont faits avec cette technique de monobain:




Sur le plateau, de gauche à droite, sens des aiguilles d'une montre:
(je mentionne "extrait" ou plante entière concassée selon les cas; le coton ne teint pas en monobain acide -> "AA" = mordançage coton ou lin à l'acétate d'alun)
1 - coton mordancé AA dans bain de grenade bouillon classique (plante)
2 - coton mordancé AA dans bain de garance  (extrait)
3 - laine sans mordant, monobain acide dans bain de garance  (extrait)
4 - laine cochenille mordancée au symplocos dans bain de garance  (extrait)
5 - laine sans mordant, monobain acide dans cochenille (extrait) puis bain alcalin pour carminer le ton
6 - laine mordancée au symplocos  dans bain de cochenille (extrait, 3ème bain, léger) + bain indigo
7 - coton mordancé AA dans bain d'extrait de campêche très dense
8 - coton mordancé AA dans bain d'extrait de cochenille très dense
9  - coton mordancé AA dans bain d'extrait de lac très dense
10 - coton mordancé AA dans bain d'extrait sophora
11 - coton mordancé AA dans bain de gaude (plante )
12 - coton mordancé AA dans bain-mélange de fin de deux bains: extrait campêche et extrait sophora
13 - laine sans mordant, monobain acide dans bain de rhubarbe (racine, plante)
14 - laine sans mordant, monobain acide dans bain d'orcanette (plante), puis trempée 3 * dans l'indigo - vert anglais très profond
15 - coton mordancé AA dans brou de noix (je crois me rappeler que le mordançage du coton empêche la prise de cette couleur, ça expliquerait le ton très discret)

Ah que la photo est trompeuse en soi... On n'y voit pas la chatoyance des couleurs.

La technique de monobain acide ne fonctionne qu'avec quelques plantes (garance, rhubarbe, bourdaine, rumex, cochenille, noyer, orcanette, bidens, carthame, millepertuis). On revient donc au principe pour la majorité d'entre elles (gaude et autres jaunes, campêche, santal, etc.): il faut mordancer d'une façon ou d'une autre. Je n'aime pas utiliser le sulfate de fer, qui est annoncé par les blogueuses comme "naturel". Tu parles! La cigüe aussi est naturelle. Cela méritera un billet entier. Au plan pragmatique, le fer a le tout grand défaut de tout contaminer: si un peu de fer est resté, mal nettoyé, dans une casserole ou un seau, la teinture est irrémiablement rabattue. Snif. Au plan esthétique, les couleurs sont très sourdes dès qu'on utilise du fer.

Je vais bientôt tester le lycopodium clavatum, qui remplace le symplocos qui est momentanément hors stock (automne 2018). Jenny Dean l'utilise dans son livre Heritage of colours, mais avec une technique très compliquée (40°C multichauffage sur 3 jours). J'espère trouver plus simple.