Slow-dye

Brouillon d'un livre à paraître...

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28.6 Indigo: teindre à partir de feuilles sèches

J'ai à l'atelier 500g de feuilles de polygonum sec, achetés chez Anjou Tinctoria lors d'un de mes passages près d'Angers. Je ne trouve pas de recette précise dans toute ma biblio, ni même sur le net. Jacques Chouteau n'a pu me répondre de manière définitive. Michel Garcia prétend que je perdrais mon temps. Je me rappelle pourtant bien qu'un jour de stage, Valentine Donck, une de nos teinturières belges, avait amorcé une cuve avec des feuilles sèches.

Mes notes de la cuve "persicaire sèche" avec Valentine Donck chez Ecocentre 29.6.2013

Valentine tient la recette de Michel Garcia, mais à lire mes notes ci-dessous, je me rends compte que c'est très proche de la recette classique aux feuilles fraîches.

J'indique un timing avec Tx étant le moment de teindre. Prévoir une après-midi ou environ 3h.

Mon essai (réussi!) de ce 28/6

Si la recette fonctionne, ce serait une solution pas chère puisque les feuilles sèches coûtent +- 6 € le kilo (+ frais de port) chez Anjoutinctoria . Avec 1 kg, on pourrait teindre beaucoup de laines… Dans un document du XIXe (googlebooks), le chercheur indique qu'il extrait 25 g d'indigo d'un kilo de feuilles sèches. Dans un de ses livres, Michel Garcia indique qu'il faut prévoir 3 fois plus de feuilles en poids que de tissu. Dans mon expérience ci-dessous, avec un peu moins de 100g de feuilles sèches, j'ai teint 200g en bleu franc et 300g supplémentaires en bleu tendre. Selon Turkeyredjournal, 200g de feuilles sèches   = +- 800g feuilles fraîches.

Pour une info ferme et fiable, se référer à la recette de Valentine. Ce qui suit est mon expérience et cela n'engage que moi.

laines. à droite: laine gaude puis indigo HS 2* 30 minutes (un beau bleu canard), à gauche: laine en indigo de feuilles sèches
cotons: à gauche 3 trempages en cuve HS, à droite: coton en fin de cuve à feuilles sèches (plus turquoise en réalité que sur mon écran)

De nombreux sites, y compris Turkeyred ( «  a journal dedicated to dyes »), confondent deux procédés (extraction poudre et teinture aux feuilles) et proposent à ce stade-ci d'oxygéner à donf pendant 5 minutes. Inutile  ici ! On ne « libère pas » l'indoxyl de cette façon. Enfin, à ce que j'ai compris à ce stade.
NB 1 après 4 jours. J'ai continué à teindre, j'ai rajouté une seule fois de l'HS, pas dû changer le pH, qui reste à 9 (pourtant il y a encore des feuilles qui y traînaillent, ça devrait acidifier, je crois). De plus en plus clair, mais j'ai teint plus de 500g de fibres avant que ça ne devienne couleur imperceptible. Couleur de plus en plus turquoise aussi je pense que le jus dégage plus de jaunes avec le temps.

NB2 après 4 jours. J'ai gardé les feuilles "pour empreintes" dans un fond d'eau. Elles sont toujours bleuâtres. Elles teignent toujours les empreintes sur papier. Voir photo: il reste des minuscules bouts de feuilles collés au papier très absorbant (donc difficiles à retirer, même à l'ongle). Soit je les garde comme "trace du geste", soit je chercher à biaiser. J'ai testé de frotter un lino de gravure avec les feuilles dans un bas nylon: bof, ça me sort juste le jus, pas d'empreinte. C'est bleu, mais uni. J'utiliserai pour des frottages larges.

En attendant la recette de Valentine, je n'ai pas pu m'empêcher de chercher. J'ai vu que John Marshall l'utilise couramment, voir la table des matières de son livre  "DYEING WITH FRESH-LEAF INDIGO, LIMITED EDITION". Pas d'autre source, je regarderai chez Liles et Cardon ce soir.

NB : Il y  a de l'avenir pour des livres de teinture avec échantillons inclus, Marshall vend le sien 550$ pièce ! S'il demande ce prix, c'est qu'il y a des acheteurs… En reliure d'artiste, on demande cher pour nos livres d'artistes, mais ce sont des livres uniques, pas des séries par centaines comme lui. D'autant plus que je doute un peu de sa technicité: il conseille le lait de soja comme "mordant" si je me rappelle bien. Ce n'est pas du tout un mordant, c'est un fixant antifuites pour les applications de colorants au pinceau.

NB 22/8. J'ai trouvé ceci en anglais. Une cuve de réduction à partir de feuilles sèches. Recette de John Marshall, chez http://www.turkeyredjournal.com/marshall.html. Mon résumé. Petits frémissements 10 minutes, jeter l'eau. Refrémissement 10 minutes. Oter le végétal. Ajouter soude et thiox en rapport de 2 à 1. Repéter jusqu'à trois fois, en réunissant tout le liquide à la fin.  

C'est chez lui que j'ai vu qu'on pouvait frotter des empreintes avec les feuilles fraîches. J'ai essayé avec mes feuilles de persicaire mises de côté, en route vers le compost. Ouf, je les ai récupérées à temps! J'ai frotté les feuilles sur du papier japonais très fin, placé sur ce que j'avais dans la pièce : un rond en carton, une grille, des lino de gravure. Demain, je teste une écorce d'arbre, des tiges de fougères, etc.

J'ai choisi le papier chinois en rouleaux pour son absorption (très fin, 30g, pas cher, pour mes essais et pour l'encaustique à chaud). Dès que je maîtrise la technique, je passe à la teinture de mon papier fait main (Maison de l'imprimerie à Thuin). Il me reste à tester la résistance lumière.

     

Frottages. Premiers essais sur un coin de table. Imaginer sur du beau papier, avec une vraie compo. Miam. Reliefs: un rond de carton, un de mes linos, un tapis de voiture (frottage léger et frottage appuyé), un autre lino. Moi qui aime les impressions mystères, je sens une bonne piste!

 

      

Autres essais sur autres linos. A sec, j'ai tenté de frotter les morceaux de feuilles du plat de la main ou du plat d'un large couteau. Nul, et puis ça colle bien dis donc.